Nous nous sommes « rencontrés » il y a je ne sais combien de temps sur Facebook. Vous fûtes parmi mon premier quintal d’ « ami », avec toutes les précautions que me permettent les guillemets ; et jusqu’à il y a longtemps maintenant, il m’arrivait encore de jeter un œil sur votre « mur », histoire de me faire une idée de votre activité « littéraire » (cf. supra). Je ne le fais plus depuis très longtemps, car maintenant, je le sais, nous nous sommes rencontrés sur un malentendu : il me semblait avoir précisé, alors que je débutai mon activité naïvement sur ce réseau social, que je sollicitais alors l’amitié de romanciers, d’écrivains, de poètes, et non pas celle de gestionnaires affairistes, béotiens et vaniteux.
Voilà plus de deux mois que je reçois quotidiennement dans ma messagerie Facebook des invitations à devenir « fan » (savez-vous lire ?) de la déjection manuscrite que vous qualifiez immodestement d’œuvre littéraire. Deux mois et demi. Deux mois et demi pendant lesquels, chaque matin, je reçois le même petit carton orné de cette abjecte photographie de vous, vautré grassement dans l’immonde fauteuil de luxe d’un des hôtels niçois dont vous êtes l’imméritant propriétaire. Rien que ça, déjà. Je passe sur ce point. Personnellement, j’ai pris la peine chaque jour de décliner votre demande. Avec stoïcisme – jusqu’à un certain point.
Le voilà atteint.
Avouez qu’à ce niveau de fréquence, d’acharnement, votre invitation a de quoi susciter certains doutes quant au bien-fondé de vos sentiments.
Car j’imagine très bien qu’une fois sur cette page de fans délirants et analphabètes, outre le fait que j’aurais à subir le pénible défilé des commentaires navrants de quinquagénaires maniaques dont vous faites mouiller la culotte niçoise avec vos sordides histoires d’amour, toutes sortes de produits dérivés absurdes me seront ensuite soumis, jusqu’au harcèlement, la persécution, jusqu’à ce que je n’en puisse plus, jusqu’à ce que je craque et que :
- 1. J’achète un Pascal Marmet miniature qui écrit et qui fume son cigare cubain qui fume en vrai pour la modique somme de 52 E 99.
- 2. Suivant la pente de mon humeur récente, alimentée par l’horreur quotidienne de votre intrusion dans ma sphère privée, je me rue chez le plus proche épicier pour me fournir en objets contendants neufs, ronge mon frein et aiguise mes lames pendant les 1200 kilomètres de trajet ferroviaire qui me séparent de votre misérable corps de microbe, et je vous assassine enfin en un hurlement bref, quand vos yeux s’éteignent en criant le titre de votre dernier roman, et après on dira que c’est de ma faute.
Or, je n’ai ni 52 E 99 à dépenser dans vos merdes, ni n’ai les moyens – que vous, vous avez, bougre ! - de rémunérer grassement un avocat stupide pour me défendre contre votre ectoplasmique équipée de juristes, dont je ne voudrais pour rien au monde détourner le vol de vautour au dessus de votre proliférante entreprise de fructification capitalistique.
Puis-je m’exprimer dans votre langage de barbare analphabète ? Merci. Si je cumule les secondes perdues à cliquer sur « ignorer cette invitation » sur la totalité de la période, deux mois et demi, soit à tout casser (je pense à votre petite gueule, ah !) : 76 jours ; si j’y ajoute les précieuses secondes nécessaires à la prise de connaissance de votre invitation, les clics pour y parvenir, glisser le curseur jusqu’à votre image dégoûtante (vous me faîtes penser à un gros Kinder), on arrive à quelque chose comme 532. Si j’y ajoute à ce chiffre le temps qu’ il me faut pour me calmer aux alentours du premier mois et demi de harcèlement, on obtient un chiffre proche de 1672 secondes, soit 27, 87 minutes (j’arrondis au supérieur, ce n’est que justice). Si je multiplie ce résultat à mon salaire horaire dérisoire comparé au vôtre, je me coltine le chiffre 16, 27 environ, soit, en euros, presque le prix odieux de votre dernier – je l’espère – livre - si l’on veut. J’ajoute au fruit de ce précieux calcul le temps perdu à produire cette lettre vous enjoignant à ne plus jamais m’adresser la quelconque invitation, fut-ce pour passer une semaine à me bâfrer à l’œil dans vos douteux baraquements sans goût peuplés de cons, où je risquerai encore de croiser votre grossier faciès, et l’aberrance du montant chiffré que je visualise à présent me donne un peu (par goût de la formule) envie de vous réclamer de la thune à grands coups de pieds dans le cul, et de vous faire savoir combien les gens de votre espèce m’épuisent, me vieillissent, me volent et me fâchent définitivement avec notre malheureusement commun triste monde carnavalesque dont vous êtes l’ignoble et vivant symptôme.
Espèce de verrue,
Votre "fan"
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