Tranche de vivre (mode d'emploi des trucs)

Publié le par Le Déserteur

 

Avec elle j'ai tout de suite senti que ça pouvait aller loin, très loin. Dès le départ elle m'a donné le ton, m'a pas laissé le temps. J'ai dit tant pis; aujourd'hui je dis tant mieux.

 

Faut dir  ça a été sur les planches notre première rencontre. Savez, les premières rencontres. Celles  où y se passe forcément quelque chose et qu'on retient. Et puis que si y se passe rien ben on retient quand même. Sa robe légère, sa façon d'enrouler ses doigts autour de sa cigarette, les tâches de couleur dans ses pupilles. Un souvenir quoi. Elle elle m'a gerbé dessus. Tout de suite. Comme ça. Sur le torse. Direct. Ce qui s'appelle annoncer la couleur.

 

D'ailleurs là elle est encore en train de gerber. Mais dans un chiotte cette  fois, le métier est rentré si je puis dire. C'est un jour de première, c'est un peu normal. Le métier qui rentre. Je disais.

 

Alors on part à Paris ensemble. Elle qui conduit.

Vous imaginez la couleur du mélange.

 

J'annonce.

 

Fixer une heure de rencdez-vous. Le rater. Parcourir 300 mètres en voiture, recevoir un appel du CHR qui nous enjoint à récupérer le chat Agläe chez machine parce qu'elle vient de se faire hospitaliser pour mal du siècle alors faudrait voir à s'occuper du chatt. Chercher le chat, chercher la maison du chat, chercher le chat, courir après le cht, le piéger, l'attrapper en ayant un peu envie de le tuer, huit heures trentes. Déposer l'animal dans sa cage de plastique orange avec poignées et livrer ladite cage à l'adresse A, chez machine 2, pour qu'en plus de son nouveau-né, elle s'occupe d'un chat. Prendre le volant plus léger tout de même, partir pour Paris.

Dans la direction de Paris.

Vers Paris.

Puis finalement de plus en plus loin de Paris.

 

Reprendre la bonne direction.

Et quelques anxiolytiques. 

 

S'allonger assis dans une voiture. Ecouter de la musique. Ouvrir une bouteille de coca fenêtre ouverte et se prendre le contenu dans la gueule, merde mon costume. Respirer. Fermer les fenêtres, et les paupières. S'arrêter pisser quand même. Prendre une photo des chiottes d'autoroute. Méditer sur la symbolique du truc et reprendre le volant. Reprendre le volant. 

 

Arriver vivant.

A Aubervilliers finalement.

Ne pas chercher à comprendre.

Oublier.

Se souvenir.

Vivre.

Publié dans Saynètes

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LOUANCHI 27/05/2013 09:48



lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de
Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du
village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions
hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un
seul aujourd'hui se décide à parler.


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser
le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de
ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi
joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)
Interview du 26 mars 2012 sur
radio-alpes.net