Un homme qui dort - se réveille

Publié le par Le Déserteur

 

Un jour, le lundi 28 juin, suite à une succession aléatoire de conjonctions et de rencontres étranges et pourtant tellement évidentes mais qui toujours lui échapperont, il se décide à vivre.

Il ne sait pas ce que cela veut dire. Il n’a jamais prononcé – ni même imaginé – ces quatre mots : se décider à vivre. De surcroit il a toujours trouvé cette expression totalement niaise.

« Vivre est une chose, et dire que l’on vit peut être niais », lui a rétorqué un inconnu qui, il est vrai, s’est imposé dans la conversation qu’il tenait avec lui-même. « Mais dire que l’on se décide à vivre est bien plus important. Et beaucoup moins niais ».

Il a considéré cette phrase sans aucune sorte d’a priori; l’a prise pour argent comptant. C’était bien la première fois. Décidément, les choses changent.

Aussitôt il cherche une image, des mots, des phrases à dire. Et ce qu’il dirait tiendrait dans une image, encore floue, mal définie, un peu niaise elle aussi. Ce serait d’abord comme un parfum, léger, qui flotte, encens discret, lointain. Puis des volutes qui s’emmêlent délicates et sombres. Progression pas feutrés sur la mousse. Puis là, lovée au creux du vide, de son vide, une nappe de brouillard moelleuse. Colorée. Un souffle. Un souffle chaud, en plein hiver. Qui s’empare de tout son être. Le brûle.

Il s’endort dans des vapeurs inquiétantes et totales. Dort d’un sommeil de plomb, solaire.

Le lendemain, il est un autre.

Jour.

*

 

Il a dormi si longtemps. Des mois, des années. Presque dix ans. Peut-être davantage. C’est un immense cliché, il en est conscient, mais dehors le soleil brille. Ses yeux lui font un peu mal. Son crâne lui semble lourd. Mais peu importe. Son corps n’est déjà plus. Car tout est là, dans cette drôle de sensation terrestre, centrale. Pour lui. En lui.

Il sent monter une sève, nouvelle, fraiche et brûlante, le long des jambes, des bras ; s’alourdir ses doigts qu’il a d’ordinaire si souples, fin, des doigts de fil. Il respire avec sérénité, différemment des autres jours, des autres fois. D’hier. Il prend conscience de cette respiratio. Il remplit ses poumons en écoutant racler l’air dans son larynx, expire lentement, avec componction. S’immobilise. Son cœur ne bat presque plus. Boum, tchac. Boum. Tchac. Boum. Rien.

Il est 6H30 du matin, 28 juin.

Il va vivre.

Publié dans Des jours en désordre

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Nona 04/07/2011 15:33



Wa... C'est... Sublime.