Mesdames, messsieurs, comédiens, membres du comité organisateur, personnels de la municipalité de joué
les tours (huhu), membres de la 14éme et 17 éme section de l’amicale des fleuves de L’Indre et Loire, vieux, jeunes, femmes, hommes, gens, bonjour, ou bonsoir, je ne sais pas quelle heure il
est.
Je ne sais plus.
J’ai oublié.
En même temps, la notion du temps, justement, oui, la notion du temps est aléatoirest aléatoire, enfin
elle est relative, hein ? dans le cadre de la théorie des cordes bien connue de tous. Pour preuve, Stendhal déjà, disait en 1847, c’était un vendredi je crois, Stendhal disait… quelque chose
que j’ai également oublié, mais qui devait certainement avoir un sens dans ce que j’essaie de vous dire, mais je crois bien que j’ai également oublié ce que j’étais venu vous
dire.
Alors voilà.
Le net
Je suis.
Je suis devant, dedans, même, devant ce qu’on appelle un NET, un néant existentiel théâtralisé, et
qu’il va me falloir combler d’une manière ou d’une autre. Le NET est vous l’aurez compris, l’autre nom de l’improvisation, c’est à dire, ça. Ou à peu près ça.
…
…
Bien ! Commençons pour planter le décor si vous le voulez bien, par une petite devinette
récréative que je dois à mon ami François Rollin, et que j’ai juste uin peu réactualisée sur les bords. Juste un peu. Ecoutez bien. Qu’y a t’il de commun, entre ces quatre mots suivants :
rhubarbe, alpaga, soupière, et politique.
Hein ? Qu’y a t’il de commun, donc, entre ces quatre mots : rhubarbe, soupière, alpaga et
politique. Hm ?
Rhubarbe, soupière, alpaga, et politique.
Qu’y a t’il de commun, donc, entre ces quatre mots suivants : Rhubarbe, soupière, alpaga, et
politique.
Qu’y at’il de commun ?
Rhubarbe, donc, cette plante vivace de la famille des polygonacés. On dit ça je crois parce quand on la
coupe de manière longitudinale, elle a cette forme de figure à plusieurs cotés. Oui, crue. Oui, parce que quand c’est cuit ça ne ressemble plus à rien.
Rhubarbe, donc…
Et soupière, hein ? La bonne soupière dans laquelle on met la bonne sousoupe. D’ailleurs, on ne dit pas « la bonne sousoupe » parce que si on l’appelle la sousoupe c’est qu’elle est forcément bonne. Hein ?
la bonne sousoupe à pépé. S’il est encore vie. Sinon c’est la bonne sousoupe à papa, si c’est papa qui l’a fait. Et puis si pépé était encore en vie, et qu’il avait le temps de lui filer un coup
de main, on aurait fait la bonne sousopupe à papa et à pépé.
Alpaga. Donc, ce mammifère voisin du lama. On dit voisin je crois, non pas parce qu’il habite juste à
côté mais parce qu’il est de la même famille, hein, il possède la même fourrure, avec lequel on fait des… des turcs en alpaga.
(Qu’y a t il de commun ? )
Et politique, maintenant, le passage qui fait peur à tout le monde, et bien légitimement. Et sur lequel
je ne vais pas m’étendre puisque cela m’obligerait à prendre position, nécessairement, et mes positions, moi, chère dame, je les garde pour mes amants.
Alors, qu’y a t il de commun entre rhubarbe, soupière, alpaga, et politique ? hein ? Qu’y a t
il de commun ?
Rhubarbe, soupière, alpaga, et politique ? Qu’y a-t-il de commun ?
…
Bien, je pense que nous sommes maintenant tous bien détendus.
La solution ?
Eh bien, la voici : tous ces mots commencent par la même lettre T sauf rhubarbe, soupière, alpaga,
et politique. Ah ? hein, pas facile hein ? mais… fichtrement récréatif.
L’OITESL
Voilà, nous avons donc progressé d’un pas en direction de quelque chose, nous sommes à peu près sortis
du NET, le néant existentiel théâtral, pour avancer vers l’OITESLS – désolé pour la laideur de cet acronyme – l’Occupation Indue du Temps et de l’Espace d’une Scène Libre (et du
Spectateur).
Autrement dit, ce n’est plus l’aporie pour le comédien, il existe, et à vrai dire, il
l’avait un petit peu préparé sa sortie de piste, c’est en fait pas vraiment de l’impro, puisque j’ai écrit ce texte de qualité aléatoire, hein, nous sommes tous d’accord, lundi après midi mais en
même temps on n’a pas que ça à foutre, le lundi après midi.
Alors oui, ce n’est plus de l’impro, mais ça n’est pas non plus complètement plus de l’impro. Autrement
dit on est dans l’intro, mais sans y être complètement, hein ? on n’est plus au milieu, mais légèrement sur le côté, ou au bord. Autrement dit encore et après j’arrête, on est quelque part
dans ce qu’Antoine Vitez appelait je crois, le smurf. Je pense que c’est de lui. Oui. Enfin si c’est pas de lui ça vous occupera quelques minutes pendant lesquelles il y a une petite chance que
vous oubliiez ce que je viens de dire, vous aussi.
Quelle heure est-il ?
…
Pourquoi les lumières sont-elles jaunes ?
Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ?
Pourquoi suis-je Un ?
Toutes ces questions, évidemment, nous sommes désormais armés pour les affronter ce soir et je vous
prierais d’être patient pendant les quatre prochaines heures où je vous le promets, nous allons tous beaucoup rire.
Pourquoi suis-je
Un ?
Commençons par cette question-ci voulez-vous ?
Séquence philosophie (questionnements, questionnements, questionnements, peur, souvenirs
pénibles)
Oui , je dis Un, je dis « je », mais c’est postuler l’unité du moi, et vous savez tous que
c’est un problème que n’ont pas définitivement tranché les psychotrucs, voyez, l’unité du moi ? (là-dessus, je vous renvoie à ma conférence de Loches, de septembre 2004)
Je dis moi, donc, mais tentons de voir ce qu’il serait advenu si j’avais utilisé « nous »,
1ère personne du pluriel (première personne du pluriel…ah ah ah : ambiguïté, là, non ?).
Bien, considérons cette ambiguité principielle, et revenons à nos moutons : « nous »,
parce que je ne suis pas tout seul, là haut. Il y a mon cerveau droit, gauche, il y a l’hypophyse, l’hypothalamus, les neurotransmetteurs, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la
sérotonine, mes cheveux, enfin pas mal de choses dont je ne sais pas précisément à quoi elles servent mais qui sont là – BAC L.
Et enfin « nous » parce que je ne suis pas seul non plus sur terre. Eh oui !
ah ! Je suis aussi membre, par exemple, de la compagnie du trou noir, la compagnie qui vient du nord, là. Savez, ces gens un peu louches sur les bords, qui trainent de ce côté ci, là, par
là-bas, oui, c’est ça, cachez-vous, va, théâtreux, va !
Bon, rassurez-vous je ne viens pas ici faire la promotion de la compagnie, aussi appelée :
(séquence commerciale) non, non non, non, non non je viens juste et justement pousser un coup de gueule, oui, c’est mon droit, jury ; pour être comédien je n’en suis pas moins homme, j’ai
moi-même droit moi-même mais suis-je un dans le nous, à ma séquence citoyenne… et de pousser mon coup de gueule. Coup de gueule, donc, qui nous éloignera encore plus du NET, nous permettra de
franchir l’OITESL n’est-ce pas, situation, donc, qui me placera cette fois-ci dans une OTERC – une Optique de Théâtre Engagé Résolument Chiante – ce
qui risque d’être éprouvant, je vous préviens tout de suite… Mais émouvant… tout de même.
Séquence politique,
donc.
Je viens donc ici porter une doléance au sujet des conditions mais déplorables dans lesquelles je suis
accueilli par les membres de la compagnie du trou noir. Voilà, et pour faire vite, à l’occasion du FESTHEA – promotion promotion promotion – à l’occasion de ce festival, donc, la compagnie a loué
une sorte de cabane minable au fin fond d’une ville de touraine nulle, abstraite, absconse, dans un village rue unique, sur les bords d’une espèce de rivière, là, avec des poissons minables qui
gazouillent dans l’eau et qui n’en ont rien à branler du théâtre. Quel est la rapport, s’il vous plaît entre les poisson et le théâtre.
Poissons – théâtre ?
Poisson – théâtre ?
Bon.
Alors voilà, le trou noir qui m’accueille moi et mon cerveau gauche, c’est l’histoire de quinze
comédiens qui vivent ensemble, qui mangent ensemble, qui couchent ensemble, qui bais… qui se mettent à table ensemble depuis 3 jours entiers, pleins longs, 24 heures , et franchement bonjour,
vous avez déjà mis quinze comédiens ensemble dans une seule piaule ? Ben c’est n’importe quoi, moi je vous le dis.
Le petit déjeuner le matin – quand il y en a, des matins – c’est à peu près l’image qu’on peut se faire
de l’asile psychiatrique, voyez, les cachets en moins – c’est pour ça qu’on prend des cachets chérie.
Le trou noir ensemble c’est : « Le centre Antonin
Artaud présente les compagnie du trou noir ».
Compagnie mon cul ! une compagnie de tarés, ouais. Incapables de tenir en place deux secondes,
émotifs, réactifs, pulsionnels, pervers, qui racontent n’importe quoi, des mecs qui au réveil te claquent du Shakespaere ou pire, : du Audiberti. Audiberti. Audiberti. Mais question,
madame : qui lit Audiberti aujourd’hui, hein ? je vous le demande, moi, allez-y, je vous le demande, mais allez-y puisque je vous le demande… ces mecs lisent du Audiberti. Audiberti.
Invraisemblable ! Auteur médicore, raté, nul, carrière de looser
-
En fait si c’est génial mais c’est la séquence politique qui veut ça.
Audiberti. Et pourquoi pas aussi lire Durringer tant qu’on y est. Durringer et sa prose vulgaire, sale,
hideuse, méchante. Je vous demande ? Ben figurez vous que ces mecs du trou noir, eux, ils le vivent Durringer, et en permanence. Et c’est pas du théâtre ma petite dame, c’est de la vie, et
je vous prie de croire que la vie, c’est chiant, avec ces mecs-là. Je ne sais pas si vous vous imaginez la couleur du mélange, le matin au réveil avec ces quatorze malades mentaux,
hein ?
Un fleuve vert, vert comme les forêts comme l’espérance, matelot Hainault. Nous allons leur installer
le printemps dans ce pays de merde, oui, merci Jean. Ouais, l’asie et ses couleurs tendres, avec le trou noir. Ouais. Putain je kiffe ces mecs. Cool. Open, space, time, cool, fun, orange,
beautiful, peur peur peur.
Séquence
émotion
Voilà. La séquence politique est à présent terminée, on entre dans la séquence émotion, il en faut pour
le drame, si nous ne voulons pas tous devenir des robots – déplacement, donc.
Hop
(mise en scène)
Vous avez déjà lu La France contre les robots de Bernanos
justement ? Non ? C’est une œuvre admirable. Bernanaos avait très bien senti en 1944 que la civilisation occidentale progressait en direction d’une biopolitique pragmatiste et domotique
et…
Ah ! Je sens que je vous ai perdu, là, si si, je sens que j’ai perdu madame, là, sur ma gauche,
qui ronfle grassement depuis 4 minutes, et ce monsieur, là, que je vous demande de stigmatiser en le pointant du doigt avec moi, allez, allez-y, monsieur qui fait comme s’il s’intéressait à ce
que je raconte mais qui en fait ne fait que reluquer le cul de madame, là, juste devant, oui, prenez garde madame, ce type est probablement un satire, un pervers ou un mec dans le genre. Ou pire,
un théâtreux.
Séquence menace : interpellation, peur peur peur, fuite des spectateurs.
Bien, nous sommes donc passés du NET à l’OISTEL, de l’OISTEL à l’OTERC, de l’OTRC… nous avons exploré
le théâtre engagé, la politique, le drame, la séquence émotion, la mutliplicité des espaces, la pataphysique, l’interpellation directe du spectateur, la peur, les tenatives d’intimidation …
finalement, on s’en est pas si mal sorti, et on va peut-être arrêter là si l’on ne veut pas carrément foutre en l’air le théâtre, et me prendre pour un malade mental moi aussi.
…
…
De toute façon je suis un écrivain raté.
Je suis un écrivain
raté.
Oui, c’est ce qu’a dit à propos de moi un membre de la troupe, ce matin, au réveil, juste après que je
me suis fait (après que + indicatif), après que je me suis fait engueulé donc, comme du poisson pourri par Je ne citerai pas son nom, mais qui se
reconnaîtra très bien, oui, une autre comédienne de la compagnie trou noir, oui, tout ça parce que je venais simplement me plaindre qu’il n’y avait plus de café à mon réveil. Voyez comme
c’est encourageant, la vie en communauté.
Théâtreux, va !
Enfoirés d’artistes !
Nazis !
Moment subversif, han !! peur peur peur.
Bien ? Maintenant nous sommes tous bien détendus, nous sommes sortis du NET pour finir dans une au
pluriel IMPASSES – Instant Malheureusement Provisoire d’Applaudissements Sauvages et Si Engouement et si Spectateurs.
C’est donc très logiquement le moment du « lever de rideau », ou du « baisser de
rideau », quand il y en a, des rideaux, ou pas, je ne sais plus j’ai oublié. C’est le moment de tirer sa révérence, à la scène, au théâtre, à Mesdames, messsieurs, comédiens, membres du
comité organisateur, personnels de la municipalité de joué les tours (toujours aussi drôle n’est-ce pas ?), aux membres de la 14éme et 17éme section de l’amicale des fleuves de L’Indre et
Loire, aux vieux, jeunes, femmes, hommes, gens, bonjour, ou bonsoir, je ne sais pas quelle heure il est, à l’amour, la joie, la vie, et au surgissement, et au plaisir céleste d’occuper l’espace
et le temps, et le cœur, du spectateur conquis.
Ou pas !
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