Des jours en désordre

RETOUR SUR TERRE

 

Je reviens de loin. De très loin. De si loin que j'ai même failli ne jamais revenir. C'est comme ça quand on s'approche des profondeurs. La surface effraie, avec ses vibrations lourdes et puissantes. Et sur la berge, l'horreur. Autant voir la vie de haut nous éloigne certaines monstruosités qui gigotent sur terre, autant la voir d'en dessous nous protège. En dessous, c'est plus le même monde. Plus rien n'a d'importance. Plus rien n'est comme avant.
Parce qu'il faut bien y refoutre les pieds sur terre. Certains y reviennent en sautant à pieds joints. Moi je me suis vu y revenir les pieds devant. Oui tout cela est bien triste. J'ai tenté de me ré acclimater par un simple aller retour en ville. Une heure, histoire de jauger. Je suis vite rentré. C'est tout vu. J'échange pas mon royaume contre des ruines qu’on est tout fiers de faire luire.

Le tour en ville, c'était quand même à l'origine pour me changer les idées. Plutôt pour m'en redonner. Je suis pas allé chercher de l'air en plein Lille, je suis pas complètement abruti. Parce que des idées, justement, j'en ai plus. Je les cherche. Alors elles m'envoient balader.
Côté travail pas folichon non plus. Réveil sonore à 7H, l'heure des damnés; réveil cérébral trois heures plus tard, à celle des chômeurs. Culpabilité. C'est avec ça que sont revenus pas milliers les angoisses, les rancœurs, celles qui s'attachent à rien mais tiennent le plus longtemps. Les mauvaises pousses. Les nuisibles. Faut que je raconte. Faut que je raconte. Ce sera rien du tout. Ce sera énorme. Parce que si une vie ne tient qu'à ça, alors faut bien admettre que le suicide est légitime; plus radicalement, la seule issue possible de ce merdier.

 

C’est d’abord un petit post-it jaune avec des trucs marqués dessus d'une écriture serrée, dense, qui distille, qui sent l'énervement. Lecture. En une seconde c'est joué: j'imprime mentalement la contrainte, et suivent les effets. Ma dose de merde pour une journée, pour toute la semaine. Sept jours à ne penser qu'à ça, à n'avancer qu'avec ça. Je viens de me taper mes instructions pour vivre comme un automate pendant sept jours. Pire: un automate, lui, ne ressentirait rien, il agirait, c'est tout. Mécanique. Moi, tout ça m'emmerde au plus haut point, me contrarie et me contraint. Je me plie, j'arque je me contortionne pour des queues d'ale. Je me bouffe par la racine; on me chie sur l'autonomie. On pourrait en parler pendant des heures : on a fait des révolutions pour moins que ça. Mais ça changerait rien. Au final, et pour commencer : automate ou autonome. L'un ou l'autre je veux bien; les deux: le supplice, la punition, les grands tourments.

Je me lève donc avec dans le front les instructions. Dans le programme, que de le merde, jugez-en vous-même: texto, j'y ai écrit sur ce papier jaune pisse: impôts, assurance maladie, formation, mutuelle… le tout entouré par un TEL et cerné de points d’exclamations. Mes fringues à aller chercher au pressing (j'ai mis de l'argent de côté pour ce luxe que je ne m'offrirai jamais plus; peuplé comme il est par des vieux qui ont perdu on ne sait plus quoi et qui semblent errer autour de leur ombre, la tête basse et sombre ; y aller, ce serait chercher la petite bête, réclamer sa dose de merde) ; le médecin, que je dois voir absolument pour qu'il renouvelle le traitement que ma psychiatre partie en vacances a jugé bon de m'administrer; c'est pas rien, c'est quand même quatre pilules à bouffer deux fois par jour et le dosage précisé sur la boîte, 300 mg, ça donne une idée du lourd. C'est peut-être rien en fait mais quand on annonce ça en pharmacie, le gens derrière vous regardent comme si vous avaliez des poutres. Y avait aussi, dans le même ordre d'idées, la piquouse à faire pour voir si le grand machin dans lequel je tiens tout seul fonctionne correctement. Et puis évidemment, le mot, le saint graal, l'inaccessible: THESE. Comme si j'avais oublié ce qui me tenait encore à la vie, cette espèce d'obligation, cette silice que je me suis mis autour du cou pour parader en société. Je veux dire, bien évidemment, pour survivre. Faut bien se donner une raison dans la vie non? La mienne, pour l'instant, et visiblement la plus tenace, la plus longue et la plus féroce, c'est une thèse. Oh, je sais, ça peut paraître ridicule. A côté du goulag. Faut voir.

 

Quoiqu'il en soit, il semble bien que ce qui me tienne lieu provisoirement de providence- et que je nommerai ainsi faute de pouvoir la qualifier autrement - me meut sur terre pour que j’accomplisse, pour que je produise une thèse. Une thèse sur quoi ? On peut en produire pour des centaines de raisons, sur des milliards de sujets (si, si si; pour avoir bien fréquenté l'université, je peux vous dire que l'on thèse sur tout). Le mien? Aucune idée. Je démarre donc sous un regard partial, juge, témoin et bourreau; j'ai une mission. La belle affaire! Une vocation? C'est moins sûr. Encore une fois, tout dépend de comment on l'entend.

Pour le programme du jour, j'étale, je pose à plat les ordres ; je dispose (enfin, je dis "je", je présume que c'est moi le pilote. On verra ça lors des prochaines séances d'analyse. Morale par provision – Descartes se rendait-il souvent au supermarché? Ou alors, l'alimentaire a t'il a voir avec les méditations de Descartes? Je penche vers la deuxième: personne n'an envie de se prendre des pics dans le cul). Je me mets en mode optimiste on va y arriver t'inquiète pas. La théorie du 1 + 1 + 1.

 

Je m’installe donc à mon bureau que j'avais disposé autrement la veille, en prévision. Pour schématiser: un fauteuil Ikéa TRUNBO avec housse noire HOBN. Face à moi, l'écran Jiyama 18 pouces posé sur un meuble bas; le clavier sur les genoux, la souris à ma droite, sur le banc de ma table de séjour. IKEA. Tout est IKEA de toute façon. Un petit bloc note (IDEA, on me poursuit), mon livre à prendre en note. Je m'installe. Pause. Je constate. Il ne me manque plus qu'un casque et ça pourrait donner quelque chose de crédible dans un film de science fiction. J'ai l'air d'un con de pilote encastré dans un cockpit. Je me vois et je me dis que dans une telle position, je suis prêt à tout. Dans une position comme celle-là, si on refaisait l'expérience de Milgram, je serais prêt à tuer mon propre frère. On a un tel sentiment de puissance avec le monde devant soi qui tient dans une toile, sur 18 pouces. L'impression de tout avoir à disposition. Celle de s'imaginer, juste s'imaginer, l'omnipotence. Je serais prêt par exemple à déclencher une alerte; à faire sauter une ville, à faire péter des pays entiers. Un continent. En un simple clic. Juste pour imaginer. Ne rien voir, ne rien sentir; juste concevoir. Devant la toile, on est le plus grand. On est le maître. C'est un peu notre phallus à nous les hommes du XXIème. Le canon d'Eisenstein ou les bombes soviétiques, c'est de la branlette pré anale à côté de ça.

Toutes ces idées me déconcertent. Je me décourage. Pour me redonner un peu de punch, je décide de me branler. Deux clics, trois aller-venues, ca y est c'est passé on peut s'y remettre. Juste après ça, c'est le cœur qui la demande, une  cigarette, histoire de sentir par deux fois la petite mort. C'est comme ça qu'on s'accoutume à elle. Manière de philosopher quoi. Après la cibiche sur le balcon, on s'y remet c'est promis. Je me réinstalle dans mon bolide.

Rien. Mais rien ne sort de moi. Tout est mort. Le calme des profondeurs. J'entends encore le murmure des vagues. Séparé de moi même et de l'autre, je souffre.
Heureusement qu'elle est là, elle, finalement, la souffrance. Elle me rappelle à la chair. Et à ce bilan sanguin que je devais faire depuis trois mois, pour vérifier si mon traitement me niquait pas les plaquettes ou la cervelle. C'est comme ça que j'en suis venu à me rendre au laboratoire d’analyse et tâter un peu le terrain, en ville. Bof... cinq mètres plus loin mon jugement était tout fait: c'est la ville et c'est marre. Alors je vais quand même me faire percer la peau, perdre un peu de sang et sourire. Puis je me ferai mon petit rapatriement du front à moi. Pour blessures de guerres. J'aurai pas de médaille mais ce sera tout comme. On sera bien dans l'immatériel.

Je respecte l'époque.

Je rentre chez moi; je constate: j'ai acheté du flanc lyophilisé.

 

Ne pas parler de tout ça serait grave. Non, ce serait dangereux. Je comprends que dans un monde comme le mien, qui est peut-être le vôtre, on soit des millions à gratter derrière l'écran pour qu'on nous entende. Et peu importe ce qu'on dit. Ce n'est pas ça l'essentiel. Ce qui compte, à notre heure, c'est qu'on dise. Qu'on dise autant et avec autant de diversité. C'est finalement qu'on dise autant pour ne rien dire.

 

VITE, ECRIRE

 

Je parlais de ma thèse tout à l'heure. Ouais, faut pas vous imaginer qu'on en discutera hein? Vous voulez peut-être les notes de bas de page aussi? Non, soyons sérieux. Il ne me reste pas longtemps à vivre, alors il s'agit de faire vite. A 29 ans en 2008 on est déjà un petit peu mort. Ca commence à décroître paraît-il, là haut. Sans compter qu'on est entortillé dans un tas de trucs. On a nos habitudes, cette façon de mourir sur place. De sorte qu'il nous arrive parfois de nous demander, là, au beau milieu d'une action: tiens, je branle quoi là? Chez des amis aussi ça arrive. On discute, on écoute; on est assis, on est bien. Puis progressivement, on se sent lassé, gagné par une sorte de lointain. C'est ça, de lointain. On a perdu quelque chose, l'intérêt pour la conversation, pourquoi on est là. Une phrase nous a fait décrocher, un mot. D'un coup on est perdu. On est seul.

Je comprends la motivation des autobiographes.

 

GOOGLE EARTH, NAIN DE JARDIN : MEME COMBAT

 

Mais on a tellement peur; on se recroqueville, c'est normal. L'autre jour, je navigue sur le net. Les fenêtres s'accumulent dans la barre des taches, c'est un bordel monstre, je sais même plus comment je suis arrivé à cette page sur Anno O, une chanteuse performeuse-vidéaste-créatrice-compositrice - celle là, on se demande ce qu'elle a pas fait. Je décroche et dans un ultime clic, instinctif, dernier geste du mourant, je tombe sur Google Earth. Vous voyez, comme c’est beau, la terre, de là haut. Du bleu, du vert, du blanc; à gros coups de pinceau et qui se détachent bien nettement. C'est ça l'harmonie. Zoomez un peu. Encore: les couleurs s'affadissent, on rentre dans la grisaille, on s'approche des villes. Le tout ressemble vaguement à une fiante. Ecoeuré on zoome encore et le nombrilisme nous pousse jusqu'à regarder l'endroit où on habite, la ville, puis la rue, puis sa maison. On se prend au jeu et on est tellement con qu'on croirait même s'apercevoir; là, sur le balcon, cette petite tache noire, c'est nous! Dieu soit loué on ne peut pas aller plus loin. J'imagine des entomologistes scrutant une termitière. Ça donnerait une piteuse image de nous.

Mais le propos est le suivant: de haut, encore, ça s'excuse. D'en bas, vraiment, je ne vois pas. Les satellites, moi, faudrait que j'en sois un mais en avoir des milliers au dessus de moi ça me perturbe. Personne ne veut être un pixel, un octet. Ou pas, certes. Mais devant un bazar comme celui-là, on est pris de vertige. Ça effraie, les espaces infinis, monsieur le philosophe. Après y faut pas s'étonner de ce qu'on voit comme réaction chez l'homme. C'est pathologique. Parce que côté réaction, c'est plutôt de rétraction qu'il faudrait parler. La grande régression, oui. Il y a quelques jours, au journal de 20 heures, la présentatrice était toute fière d’annoncer un reportage sur un nain de jardin volé à une vieille british; on lui avait fait faire le tour du monde, au nain, et on l'avait déposé un beau matin devant la porte de la rombière - très heureuse elle aussi; mais elle avait porté plainte - ce nain accompagné d'un album photo le montrant aux quatre coins de la terre. Le truc avait peut-être été retapé sur photoshop, la vioc l'avait surement fait exprès, ou avait organisé le rapt avec un de ces beauf, histoire de faire ça en famille, comme dans les films ricains. Ben il a fallu quand même qu'on nous propose de nous extasier devant ce reportage de merde. Personnellement je suis loin de l'ataraxie quand on me soumet ce genre d’investigations. Mais je comprends un peu. Je comprends. Je suis encore un homme, j'ai encore la compassion pour mes semblables. Ce reportage n'est rien, et c'est pour cela qu'il est tout. Le nain, c'est de l’information de proximité qui veut bien dire ce qu'il veut dire. C'est de nous dont il s'agit, là, au plus près de l'information, un truc bien perso, "qui pourrait vous arriver quoi"! C'est des broutilles et c'est tellement touchant. C'est de l'échelle humaine. Quand même autre chose que l'invasion de la Géorgie par les russes… parce que ça justement c'est des trucs qui se font à une autre échelle, à celle du Google Earth par exemple, des trucs sur lesquels on a aucune prise, qui se passent au dessus, mais alors très loin au dessus de nous. On ne rivalise pas. Et puis comme on ne cherche pas à trop se compliquer, ça l'est déjà assez, on passe du tout au rien. Alors plutôt que de s'emmerder avec des guerres virtuelles dont on a même pas la maîtrise et dont on ne sait même pas si elles sont vraies (imaginez le système d'information nord coréen racontant les faits. Je suis sur que ça vous en boucherait un coin. Pourtant, qui peut prétendre détenir la vérité factuelle?), on se replie. Courage fuyons.

Ainsi nait le nain.

On est en pleine métaphysique du XXIème siècle. Des trucs comme ça, c'est des symptômes, ça trompe pas. Ca annonce, ça prophétise, ça témoigne bien d'un vide causé par un trop plein. Google Earth et le nain de jardin, même combat.

 

FAIRE L EXPERIENCE DU DESASTRE, LE SEULE QUI VAILLE ENCORE

 

Narrer la prophétie de Foucault. Rassembler tout ce qui contribue dans les faits à la mort de l'homme.

 

ON S ENTRETUE CHEZ MOI

 

J'allume la télévision. C'est secret story, une émission de téléréalité. Qui n'a donc rien à voir avec la réalité, et doublement : parce que c'est de la télévision. Et parce que c'est une histoire. On tente visiblement de monter deux femmes l'une contre l'autre. Elles s'affrontent dans une joute verbale de plus en plus agressive sous les applaudissements et les huées du public. Le tout dans un français plus qu'improbable. J'ai peur. Peur qu'elles sortent de l'écran pour vomir leur haine devant moi.  Sur mon tapis, ma table. On hurle dans le public. C'est la mise à mort. L'une des deux sort, accablée. Le présentateur sourit.

 

LE RETOUR DU GRAND MERDIER          

 

1er septembre. Ca y est,  c'est parti. Le monde reprend sa course. On s'affole ; on alerte, on annonce. On entend partout le message : bougez-vous le cul ! On vous attendra pas. Demain temps pluvieux. Tant pis pour ta gueule.

Flash info. En moins de vingt minutes, on te résume 24 heures, 86 400 secondes fois six milliards de vies. On vient à peine de sortir la tête de l’eau ; on est replongé dans la merde.

Lundi.

1er septembre.

Côté symbole, Marianne peut aller se toucher.

 

1er septembre… un effort méritoire que d’allumer la radio par un jour pareil. Je parle pas de la télé… ce soir, c’est couché à 20 heures pour moi, merci ! Pendant que des millions de français communieront en se bâfrant sur la misère du monde – en famille s’il vous plaît – j’irai peinard tirer ma révérence à la journée la plus laide de l’année. Septembre. Ca rime avec Novembre, avec Décembre. Que de la gaieté. Double ration de merde pour vous mes enfants aujourd’hui, c’est 1er septembre ! Finis les conneries à la plage, les films à la con, finis les reportages navrants sur le soleil et la mer, le bonheur. Fini la poésie, place à la merde pour les onze prochains mois. Heureux ? Non ? On s’en fout : c’est la guerre en Irak en Russie, en Géorgie, y’a plus de pognon, les impôts tombent sur ta gueule à ton retour de Biarritz t’as encore du sable dans les pompes, on a pommé un nouveau truc : le pouvoir d’achat (Notez : on remarque la disparition d’une chose à ce qu’elle est partout sur les lèvres. Plus on parle d’une chose, moins elle existe : voyez le nombre de sociologues à la téloche aujourd’hui), on prophétise des tornades, des ouragans, on sait plus qui fait quoi dans le gouvernement, on est ignare sur ce qui peut se passer en Europe de l’Est, en Amérique latine ; vive le libéralisme ! Vincent Peillon décide de réhabiliter la révolution française. Rien que ça ; allez, une petite révolution pour demain aussi, non ? Et puis on ressuscite l’empire soviétique, le tsar et tout le bordel. Exit tes récits de plage, range tes photos mon con t’es déjà out avec ton slip, faut rentrer dans l’bazar. Allez, pousse un peu, tu vas bien t’y trouver une tite niche pas trop dégueu où on te laissera crever. Voilà, comme dans le métro. Tu vois que tu t’y habitues. Vis ta vie comme une heure de pointe. Facturée et comptée. Surveillée.

Eh ! les mioches, au fait, c’est la rentrée demain ! Va falloir s’appliquer à pleurer hein, pour que papa et maman passent une journée bien pourrie à se ronger le sang. On pleurera bien fort. On se chiera dessus à fond. On en foutra partout pour mettre tout le monde retard et niquer la journée. Le matin, pas de dessins animés, pas de connasse à gros seins pour t’annoncer que tu vas encore rien branler de ta vie aujourd’hui. Toi aussi fini la pignole ; y s’agit maintenant de te fabriquer ta petite névrose, ça commence tôt sinon après c’est foutu. Allez, va apprendre, va. Va au four. Je te promets une vie bien douce. Comme celle de tes parents. Ca c’est quoi ? Ca mon petit, c’est une lame de rasoir. Y touche pas, tu t’en serviras plus tard. C’est pour les grands. Toi, on te laisse même pas le choix de foutre en l’air. C’est péché Simon ! Souffre d’abord et crève ensuite.

 

Bien que parfois remboursées par la sécurité sociale, les séances de psychanalyse ne sont pas proposées gratuitement les 1er septembre. C’est une erreur. C’est une lourde erreur. Je propose une chose. Qu’on offre à tous les français qui le souhaitent un bilan psychologique complet à la rentrée (le 1er septembre c’est à volonté) et on remet ça le lendemain. Histoire de voir. Combien selon vous n’en peuvent déjà plus au bout d’un jour ? Après s’être fait dorer le cul au soleil ? Et je parle pas de ceux qui ne sont pas parti parce que pas de moyens, pas d’amis ou mort d’un proche, ce genre de trucs hein, on va pas tirer sur les ambulances. L’économie, le gouvernement ou le Hezbollah s’en chargent.

Je suis prêt à parier que les trois quart sont au bord du suicide.

 

Ma solution est simple : c’est une séance de psychanalyse (mouchoirs fournis) contre l’extermination industrielle de l’être humain.

Remarquez qu’entre les deux je suis pas encore convaincu.

 

JE PARS, C EST DECIDE

 

C'en est trop. C'est trop lourd, c'est trop peu et ça ne ressemble à rien. Oh, je tente bien de me convaincre, de lire quelques articles de presse par ci par là. Mais rien ne semble avoir de consistance. Non, rien n'est véritablement important. Réel.

J’accroche pas. Un mec que je connais pas m'envoie un message sur ma page:
"Votre univers est plein de détresse". Tu m'étonnes John, t'as vu un peu le merdier? Tu te figures peut-être que j'ai envie de me faire une place dans l'bazar? Non, gentiment je lui réponds, plutôt crever. Sincèrement. La terre, l'univers des hommes, le souk, tout ça... qui a envie d'y foutre les pieds?

Non, sérieusement. Alors je me mets au boulot: je prends ma plus belle plume et je rédige ma première lettre de démotivation.

 

D. S. P                                                                                                             Lille, le 23/08/08 

3, rue d’Isly
59000 Lille
Objet : lettre de démotovation

Monsieur le Directeur,

 

            Conformément à la procédure en vigueur en de si tragiques occurrences, je vous informe, le cœur séré, par la présente, Monsieur, ma démission.

Considérant les dispositions juridiques prévues au titre de l’article 74c alinéa 3 du Code du Travail relatives aux droits et obligations des parties contractantes décontractées, cette lettre, rédigée d’une main alerte et bienlégère, me dégage de toutes mes obligations contractuelles engagées envers vous.

Notez le champ sémantique de l’engagement.

L’article susmentionné ne précise pas en revanche – et cela est fort malheureux – dans quelle forme (sera t’elle littéraire, administrative ou encore métaphysique ?) rédiger cette lettre de démotivation que vos yeux probablement ébahis parcourent en cet instant précis. Cela me peine, cela m’attriste, mais nous sommes là devant ce que vous conviendrez avec moi être un épiphénomène de vide juridique. Autrement dit, la Loi n’a pas prévu la forme rédactionnelle s’appliquant en de telles séparations. Aussi, vous accepterez je crois sans peine, cette note de fantaisie lyrico-comique qu’Elle m’autorise, la Loi, vous que la Providence a gratifié d’un patronyme aussi généreux, Monsieur Legentil.

J’espère de tout cœur que vous accepterez ma démission avec bienveillance, sérénité et chevalerie. Et dans l’attente de notre officielle désunion, je vous prie de croire avec la foi du prophète en l’assurance assurée de mes salutations salvatrices et distinguées.

 

                                                                                                                  Le Déserteur.

 

ADIEU MOLY

 

Je prends le temps de prévenir mon meilleur ami, ma seule famille valable. J’aurai peut-être un héritage, un dépôt.

 

Cher Pierre,

 

Ca faisait longtemps que je l’attendais, ben ça y est, je l’ai fait, j’ai tout quitté. Lâché l’affaire, tout. Aussitôt rendue ma démission, j’ai jeté quelques vêtements dans un sac et j’ai claqué la porte. En pleine nuit.

Me voilà sur les routes au moment où je t’écris. Encore une fois, j’ai pas bien compris la tournure qu’ont pu prendre les évènements jusqu’à ma désertion. Ni ne comprends d’ailleurs ceux qui me conduisent en ce moment même en direction du Mexique. Je sais, c’est un peu rude. Moi qui ai jamais foutu les pieds hors de Lille de toute ma vie, me voici en route vers Mexico. Ouais, ça m’en bouche plutôt un coin à moi aussi mais, vraiment, je ne l’ai pas fait exprès. Je t’explique.

A peine dehors je tombe sur deux mecs assez louches ; suffisamment louches pour qu’ils m’intéressent. C’est vrai quoi, tout ce dont il est intéressant de discuter commence précisément là où s’arrête ce qui va de soi, hein, tu me connais. Ils parlaient d’une vague nana qu’ils avaient vu s’écrouler y a pas cent mètres, du côté du boulevard Lebas. Sujet plutôt léger quoi. Bon, on discute, on  prend un coup, je leur expose mon projet, c’est-à-dire rien, et ils trouvent ça génial. Très sympathiques ces hippies hein ? Mais ils racontaient n’importe quoi. Sûrement des nihilistes je me dis en passant. Tu sais que je me lasse vite de ce genre de conneries, surtout après quatre ans de philo à la fac, auxquels tu peux rajouter l’overdose de contacts prolongés avec des punks à chien. Pis faut quand même pas oublier que je déserte, donc, bon, je les salue bien bas et je demande pas mon reste.   Putain, comme poussé par je sais pas quoi, j’y ai même pas réfléchi, je me dirige sans m’en apercevoir vers Lebas et je tombe nez à nez avec la nana dont les deux clowns avaient parlé. Elle avait effectivement la gueule dans le caniveau, elle pissait le sang, mais son visage était magnifique. Enfin, si on le lavait par ci par là. Moly venait de rompre et de se prendre une bonne tournée par la même occasion.

- Moly, que je lui fais, c’est un joli prénom.

- T’es pas banal comme mec toi !

            C’est pas à ce moment précis que j’ai senti naître une très grande amitié, je dois te le dire. Mais Moly avait eu la vie dure ; je dirais même qu’elle devait être partie aux chiottes quand les dieux ont distribué la chance. Bref, on s’installe bien confortablement contre les grilles du parc, on discute gentiment toute la nuit et Moly me raconte ses misères. Et c’et marrant tu remarqueras comme c’est impressionnant que les gens finalement, ils n’attendent que ça : après la pluie et le beau temps, c’est leurs douleurs qui les tiennent en vie. Ca devient leur but. Et après avoir vécu pour mourir, la dernière chose qu’il sentiront, ce sera encore leur corps tout dur et tout flétri.

A vrai dire, je me suis un peu endormi avant la fin de son histoire. Ca devenait légèrement redondant ; et tous ces gens qui se cognent dessus, moi, au final, ca me donne la nausée. Quand je me suis réveillé, j’ai laissé dormir Moly ; je l’ai abandonné pour un temps. Je la reverrai peut-être. Ou pas. L’essentiel après tout c’est que ce soit fait. Qu’est-ce que tu veux? J’ai continué ma route.

Et c’est après que ca devient compliqué…

 

LE NOUVEL ESPRIT DU CAPITALISME

 

Après l'épisode de Cosette, je m'installe en terrasse d'un café pour faire un peu le point. Déjà ouais. Ca faisait à peine 6 heures que j'étais sorti de chez moi et à vol d'oiseau j'avais pas fait 200 mètres. Je me pose à côté de deux types qui discutaient farouchement. Les mecs ils étaient remontés shootés à la coke dès 8 heures. Ca s'agitait dans tous les sens, ca lançait ses bras au devant en remontant ses manches de chemise genre golden boy, téléphone hurlant, tout. On sentait que ça allait être une journée pleine de fric; y partaient en guerre, le-monde-est-un-champ-de-bataille. Business is business. Je te livre, mon chier Pierre, le tout en vrac, dans un désordre capitalistique tout poétique. Voilà les paroles. Réunion au sommet, à 8 heures au café, on se veut combatifs, productifs. On parle prévisionnel, on parle projection, le mot exposition, quel taux d'imposition? Je taxe et on détaxe. Moi suis sur Montpelier, ben non moi à Lausanne. Je commande un café? Ouais, c'est une affaire ratée, le mec tient pas la route. C'est sûr c'était le préfet. Et dans quel magasin? On en aura plusieurs? Non, des magasins? Merci. C'est trop chaud comme biz'. Refaire le monde. Si la terre était ronde. Téléphone. Du sang frais dans la boîte, de quoi l'alimenter. C'est le boss faut qu'on avance. Et toi qu'est-ce que tu penses du mec de la galerie qui fabrique des vagins artificiels. On n'a pas grand chose d'autre. Ouais c'est des enculés. Moi ma femme c'est pareil. On lutte, quoi ! Le pognon y tombe pas comme ça! Qu'est-ce tu crois? Ca c'est un tél à commande vocale. Dossier digital. Nous avons des contacts avec l'agriculture. Bonne idée on pourrait s'occuper de la culture. Et tu connais Delambre? Y bosse à la défense il est bon. Y s'défonce à la coke mais est très performant. Je connais bien le maire. Pas bon pour les affaires. Faut créer une structure. Consolider l'réseau. Relations commerciales avec les britanniques. Y refilent des accès à des nouveaux marchés. Lancement de projet. A 8 heures du matin. Le monde est un champ de bataille. Prédateurs. Prédateurs. Faut pas laisser d'répit. Des mocassins en cuir. Espions industriels. Jouer la transparence avec les scandinaves. C'est un projet béton, conclusion de contrat. Keep in touch c'est ma carte. Faites moi une note de frais. Mes lunettes en titane. On fête ça au champagne.

 

J’ai trouvé, ouais, j’ai trouvé comme de la poésie dans ce qu’ils disaient. Ou pas. Peut-être seulement de vagues conneries de ce nouvel esprit du capitalisme. Après tout, je me dis, ça peut devenir intéressant. C’est pas parce que je déserte que je dois me fermer à tout. Parce que la désertion, ca peut aussi vouloir dire de voir autrement les choses quoi, maintenant que j’ai plus à moi. Essayons de considérer la vie autrement. Et de ne pas considérer la mienne. La désertion c’est pas la fuite, non. C’est plus noble. C’est quitter une allégeance la tête haute avec soi pour seul principe ; c’est pas s’écraser devant. Moral en quelque sorte. C’est presque chevalier. Regarde Barry Lindon (mais arrête-toi au milieu).

 

Alors je me laisse porter. Désertion. C’est l’abandon. (Je suis sûr que je lance un truc tendance là, vu l’époque). Donc je fais en sorte de taper la discut’ avec les gars. Je m’introduis.

Ils rutilaient un peu mais j’ai réussi à pas trop les faire chier. Je les ai même intéressé je pense. J’ai tout fait bien, j’ai pas sali, je m’suis tenu ; et j’ai bien sûr placé les notions de globalisation financière, de flexibilité et de restructuration histoire d’appâter le chaland. Ca a mordu. Evidemment, les cons. J’avais en face de moi les rois du business. Pas des Golden Boy comme je l’imaginais en fait : ils bossaient dans le caoutchouc… ça a tout de suite moins de gueule. Mais bon, ils avaient des coupés à plus de 200 KF, ce qui faisait quand même sa petite différence avec le prolo. Les mecs m’ont demandé ce que je faisais. J’avais un milliard d’options. J’en ai choisi une à ce moment là me demande pas pourquoi. Je leur ai dit que je bossais au CNRS et que je finissais un post doc’ en ingénierie sociale. Ca les a bluffé je t’assure. Ensuite j’ai raconté n’importe quoi, pour broder un peu, me donner de la consistance. Les gars, ils ont tout avalé. Médusés.

Quand je te dis que j’ai toutes mes chances au théâtre. Je déconne pas. Même si c'étaient vraiment des cons.

Alors les mecs – et c’est dans ces moments là que la vie est formidable – ils m’ont proposé tout naturellement de les accompagner à une formation à la chambre de commerce et d’industrie de Lille où ils commençaient une formation d’une semaine sur la gestion de reprise d’entreprise. Ils m’ont regardé droit dans les yeux, avec leurs pupilles de jeune loup qui sent la fraîche et ils m’ont proposé de m’associer au projet.

J’étais sans attaches, une nouvelle journée commençait, le soleil pointait, ma foi, je suis parti.

 

LE SEMINAIRE ET LA TERRE

 

Alors véritablement c’est là que tout commence. Je sens que ma vie prend une tournure inhabituelle. On arrive à 9 heures dans les locaux de la chambre ce commerce, on investit les lieux. Une nana du guichet nous indique la salle. C’est au quatrième, dans une vaste salle qui doit ressembler à un local spécialement dédié aux débriefings ou aux décervelages. Même combat. Devant des tables disposées en U, une immense toile blanche va porter la bible projetée sur power point pendant qu’un fanatique – consultant ou lobbyiste – nous défoncera la boîte crânienne dans un enthousiasme guerrier pour y déloger tous les préjugés antithétiques avec son Esprit, le sien, celui de l’entreprise. Celui du Monde. Ouais. On va m’inculquer le seul moyen qui reste pour survivre. Le capitalisme, c’est un peu notre dernière prophétie à nous, les occidentaux. Fallait bien matérialiser un peu les religions quoi. C’est vrai : la miséricorde, le pardon, le don, tout ça… c’était trop abstrait finalement. Je le comprends maintenant.

Arrive donc le prophète. Costard distingué mais pas trop classe, dépareillé. Genre cool, mais sérieux. Avec un bon coup de vieux quand même. Celui-là, je me dis, il a du prendre une balle au combat ; on l’a rapatrié pour qu’il nous enseigne comment ca se passe au front. On lui demande un peu de témoigner. Ca sert aussi à ça les vieux. Heureusement d’ailleurs, sinon je vois pas bien l’utilité… bref, toujours est-il qu’y se dégageait de lui comme un vieux parfum de terroir. « Y a comme du paysan dans l’air », qu’on se dit avec mes collègues. On va nous enseigner le bon sens paysan. Vlan, ca manque pas ; ni une ni deux, le mec commence direct.

- Bienvenue au séminaire de reprise-création d’entreprise, je me présente, Guy Sénéchal, consultant en entreprise et fils de paysan. Je viens de la terre pour vous enseigner le sens des affaires…

Je sais pas si on était censés rire à ce moment là. Une grosse femme l’a fait en tous cas, découvrant ses dents pourries. La suite ? Tu te souviens de Maurras ? « La terre ne ment pas ». Bon. 

 

Les lumières s’éteignent, le projo s’allume, les premiers mots s’affichent.


L’ETUDE DE MARCHE.


En quelques mots brefs et percutants, genre mitraille, le mec nous explique que le monde est peuplé d’abrutis qu’on doit chasser. Il a ses outils à nous proposer mais va falloir qu’on l’écoute. Qu’on prenne les armes nous-mêmes si je reprends ses mots, c’est le but de la formation et si vous êtes ici c’est que vous avez décidé de devenirs entrepreneurs. Des créateurs. Des loups, quoi, qu’il rajoute. Bref on va nous expliquer que pour créer il faut détruire, piétiner, écraser. La destruction créatrice, je crois bien que c’est ça. Il voit le monde comme un champ qu’on divise et dont chaque parcelle serait un segment qu’on va occuper. Ca y est, le champ lexical de la guerre. Ce segment, ce sont des clients, des demandeurs caractérisés par un profil (le psychologique) et disposant d’un pouvoir d’achat (l’économique, enfin. Fallait qu’il le place, c’était justement la période où on l’avait perdu), ayant une force de consommation (ah, me dis-je avec un vague à l’âme, le sacro saint mot de consommation… L’étiquette du XXème siècle, le badge avec lequel on se présentera aux siècles suivants en clamant, « la consommation, c’était nous »). Notre but à nous, c’est d’attaquer, enfin de proposer des produits susceptibles de séduire ces bêtes. Construire l’appât en quelque sorte. Comment ?

- Ca les p’tits gars ça s’appelle le marketing opérationnel. Ce qu’on voit pour le moment, là, c’est L ETUDE DE MARCHE, autrement dit la prospection, autrement dit l’envisagement de la faisabilité par occupation de segment.

On arrivait dans l’ésotérisme. On était pas loin du but. Pour un fils de paysan, prononcer des mots comme ça, ca devait être la même chose que de parler latin pour Julien Sorel. Parce qu’on était tous des cons en plus à ses yeux : dès que l’un d’entre nous ouvrait sa gueule, après y avoir été gentiment convié, le mec nous écrasait comme des merdes, genre vieux briscard :

- ‘tendez… j’ai passé plus de 40 piges dans le biz’ ; tellement que maintenant j’l’enseigne voyez. Vous vous arrivez avec vos gros sabots et des idées plein la tête. Moi, vos idées, j’en fais des projets concrets. Je vous ramène sur terre.

            Ah, c’était donc ça, la référence à la paysannerie… Et de quel droit ce monsieur s’il te plaît nous ramenait sur terre ? En vertu du droit d’aller te faire enculer si tu veux survivre en territoire ennemi. Si tu veux te tirer les couilles du feu. C’étaient ses mots. Si je résume.

            Le mépris quoi.

            La séance a continué sur cette élégante lancée pendant toute la matinée. Au passage on a eu droit à « le marketing c’est comme en amour », « le business plan c’est la carte mentale de votre bébé » et à « la souplesse et la créativité sont les maîtres-mots de notre éthique » – résultat d’une réactualisation récente des catégories cognitives du consultant.

C’en était trop. J’ai repensé à Moly. J’ai repensé à la mer, l’enfance. J’allais faire quoi, moi, avec les fauves ? Je serai plus vite fait mangé que mangeur. Je suis pas du genre à ce qu’on me fasse des fleurs. Et en général je prends plutôt les restes du butin. J’ai parcouru d’un regard panoramique l’ensemble de la salle. Assez vaste, de larges fenêtres ouvrant sur la place criblée de points s’affairant en fin de matinée. L’image d’un flux de particules, d’un gros poumon vicié. Je descends sur le visage des participants. Une jeune ressemblant vaguement à une pute, maquillage rouge à lèvre bas noirs ; une lesbienne qui puait. Des informaticiens au chômage, usés jusqu’à la corde, épuisés, tirés, bourrés de calmants. Un caïd échappé de sa tour qui tentait vainement d’ouvrir une boutique de prêt-à-porter féminin ; une gosse marie-jo dont l’ambition se résumait à ouvrir une friterie devant chez elle. Un projet d’aide à la personnage âgé qui se réclamait du motif environnemental en proposant aux vieux des ménages bio, des massages bio, de la bouffe bio. Le grand recyclage. Des projets de consulting en image, en message, en ergonomie relationnelle. Et les deux jeunes golden boy qui jubilaient bave au lèvres en se frottant les mains.

Je me suis levé, calmement, j’ai choppé mon sac et je suis resté debout à ma place. J’ignore pendant combien de temps. Suffisamment en tout cas pour qu’on m’observe comme un animal. A moins qu’ils ne cherchaient déjà à me vendre un truc. J’ai empoigné mon sac et j’ai lâché :

  - J'ai envie de chier.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :