Pourquoi je ris?


Pourquoi je ris ?


La première fois que je suis entré dans le bureau de mes collègues pour les rencontrer, je leur serre la main, je me présente de manière sobre et élégante, légèrement pimpant et, avant de refermer la porte derrière moi, je m’immobilise, prends un regard profond et je leur lance : « personne ne cherche de drogues dures en ce moment ? Ca tomberait bien parce que j’en ai un peu à refourguer là ». Et j’ai fermé la porte. C’était évidemment pour rire, histoire de poser les prémisses d’une franche rigolade bien sympathique entre collègues, histoire qu’on se la fende un peu, qu’on s’en tape une bonne tranche quoi ! Mais non. Un quadruple et lourd et pesant regard accusateur s’est posé sur moi et j’ai senti que ma côte était plutôt menacée dans l’entreprise. Je crois pas qu’ils aient bien compris mon humour. J’ai bien tenté de les récupérer, une fois ou deux, dans le couloir, à la cafét, je leur faisais de petits signes, je mimais la piquouse qu’on s’injecte dans le bras à grands renforts de clins d’œil… mais non.

  Oui, je dis clins d’œil, je dirais bien clins d’yeux mais ça n’existe pas, non. C’est ainsi que la phrase est correcte, syntaxiquement. Grammaticalement quoi si vous voulez. Ah ça, c’est un truc la grammaire hein, faut pas rigoler avec ! Ca non. Non, faut tout de même un minimum pour qu’on s’entende et la grammaire c’est quand même fait pour ça hein ? Sinon après c’est le bordel et on s’entend plus causer. Si. On dit pas clin d’yeux parce que, justement, c’est une exception, clins d’œil, parce que y a une règle. Parce que ca marche comme ça si vous voulez le truc des clins d’œil : le pluriel ne se met pas aux deux mots quand ce ne sont pas deux noms en apposition « selon que le sens du mot composé ne fait intervenir implicitement aucun autre élément nécessaire à sa compréhension ou, au contraire, qu'il faut supposer un élément extérieur, on parle, respectivement, de composés endocentriques ou exocentriques. Par exemple, oiseau-mouche est endocentrique (c'est un oiseau qui est comme une mouche : la périphrase se contente des éléments présents) tandis que rouge-gorge est exocentrique (c'est un oiseau qui a la gorge rouge : l'élément oiseau n'est pas présent). Voyez ? Et puis, un clin d’œil se fait avec un seul œil, sinon on ne fait plus très bien la différence. Moi, je vois une personne qui me fait un clin d’œil avec ses deux yeux, je dis tout simplement qu’elle cligne de l’œil, normal quoi. Ou alors, lorsque cette personne fait un clin d’yeux et qu’elle est allongée, on dira tout simplement qu’elle dort.
  Par exemple : si je dis des portes fenêtres. Vous le mettez où le pluriel vous ? A porte ? A fenêtres ? Non ? Nulle part… bien. Ben aux deux, voyons ! Pourquoi. Parce que ce sont deux noms en apposition, un adjectif plus un nom, comme dans sourds muets, j’espère que vous m’entendez bien ? Ce qui marche pas du tout avec pommes de terres par exemple… ben non parce que si vous voulez, les pommes elles viennent pas de différentes terres voyez. C’est des pommes, mais pas sur des terres différentes. Enfin c’est une pomme sur une terre donc si y’en a plusieurs c’est des pommes sur des terres sinon y’aurait des petits bouts de pommes éparpillés un peu partout sur des terres différentes et ce serait dégueulasse. Non mais bordel, c’est pareil que gratte-ciel mais à l’envers : je vois pas pourquoi on dirait « des grattes-cieux » parce y jamais en tout et pour tout j’ai compté qu’UN ciel et qu’un ciel – un ciel ! – on n’en voit pas des mille et des cents, encore une expression à la con, y’en a qu’un et on sait bien ce qu’y a dedans ! Je me comprends. Est-ce que je dis des grattes-cieux moi ? Non je le dis pas alors y a pas de raison pour qu’on le dise, c’est énervant à la fin. Ou alors si c’est ça, allons-y ! On va se mettre à me niquer tout mes travail, la bouche en éventaux, on va aller se faire péter la panse dans les carnavaux, à enfiler nos gros chandaux ; c’est quoi ça des chandaux, on, n’en a jamais entendu parler !
  Par contre ca marche pas avec après midi notre truc, parce qu’on dit des après midi. Et là évidemment comme vous ne voyez pas que midi prend pas d’s parce qu’il est invariable parce que je peux pas écrire, parce que y a rien dans cette salle c’est n’importe quoi de travailler dans ces conditions minables, l’effet comique est complètement raté.

  Oui, oh ! Je suis un peu un franc tireur vous savez. Vous ne m’intimidez pas plus que ça ! Je tiens à vous le faire savoir. Qu’est-ce qu’il y a ? C’est sur franc-tireur que vous toquez ? Les deux ! Et puis vous irez vous acheter un dictionnaire madame, merde alors… on a du boulot, nous. Connasse.
On ne choisit pas toujours tout.
  Oui, je disais, franc tireur parce que… on n’a pas le choix de son humour. Hein madame ? Non, on ne choisit pas. On ne choisit pas toujours tout. Non. Pas tout. Pas toujours. Non. On ne choisit pas. Pas toujours. Et surtout pas son humour ! Alors là, non si y a bien une chose qu’on choisit pas c’est son humour. Ca, c’est sûr qu’on ne le choisit pas toujours. On ne choisit pas. Pas tout et pas toujours. Ah non. On choisit pas son humour. Et surtout pas, son humour, alors là non. Ca… on ne choisit pas son humour, ah non non non. Non.
  
  Je m’en serais bien passé, moi, de mon humour, le jour où on a enterré cette pauvre tante Clotilde à Don Sainghin sous un ciel noir, sous une pluie drue, battant la misérable chapelle  de l’Eglise de Sainte-Marie de Torfou bourrée d’âmes accablées, ravagées par le chagrin, et que j’ai cru bon de lâcher un pet au dernier mot de l’oraison funèbre, à 12 ans… franc tireur quoi…
  Pauvre tante Clotilde. Et surtout, pauvre petite chose innocente que j’étais. J’ai été conspué, maudit, frappé à jamais du sceau de l’infamie, marqué au fer rouge de la honte intergénérationnelle…
  
  Mais c’est ainsi que j’ai commencé ma carrière de comique. Jeune n’est-ce pas ? Et précoce ! Oh… oui, en fait, cette carrière de poète, ça a commencé bien avant… enfant, je m’enfermais déjà dans ma chambre pour y composer de joyeux poèmes fantaisistes et colorés que je conservais auprès de moi comme jadis je conservais ces œufs de Pâques dont les couleurs m'émouvaient si fortement que je ne voulais pas les manger. Barrès a écrit ses premiers poèmes vers 7 ou 8 ans je crois. Moi à 5. Oui. Alors je peux très bien vous en réciter un de ma composition si vous voulez parce que moi je veux bien ce serait agréable quoi voilà.
(il tousse, s’éclaircit la voix)
« Plus vieux irrités contre la vie en tiers,
Dossier : brume d’harengs, l'eau verse un sang froid des oies bleues sur
l'Opale ravinant des vauriens ; cimetière
Hélant mortalité sur des faux bourgs d’humeur.

Mouchant sur les carreaux, j’habite une rivière !
Ravine sans la peau ton porc au grès d’aïeux..
Larme dingue de paon, hèle la vie en tiers.
Ah ! Mais j’attriste en toi un pan d’homme huileux,

Les bourdons cela manque. Hélas bouche enfumée,
A compagne faussée, l’arpent dut t’enrhumer.
Ces pendants que des jeux cèdent d’un parfum pieux,

Irritable, va ! Fin d’une vie d’hydropique !
Lesbos avait un prince de la vallée de pic !
Chose, sinistre amant de l’or. A moult et fins"

  Oui alors évidemment on ne comprend rien mais c’est fait pour hein. C’est d’ailleurs l’unique but de la poésie. Ca contribue un peu au merdier général. Oh pff, vous pouvez rire va. Vous savez, la poésie, quelque part c’est une façon de rire… on y reviendra…
  
  C’est d’ailleurs dingue le nombre de gens qui rient aujourd’hui. Tenez, pas plus tard qu’hier je me promenais dans la rue du côté de la vieille bourse et je disais à Solange « non mais tu te rends compte de tous ces gens qui rient ? C’est tout de même pas croyable autant de gens qui rient, des sourires sur les visages à foison, bah c’est écœurant tout ces gens qui rient ! » Vous aussi hein, vous en êtes ! vous vous êtes levé ce matin dans vos petits draps en soie, vous avez avalé quelques gorgées d’une tasse d’un thé délicat bien rare et bien cher et là, devant un beau et grand journal bien aéré, spacieux, avec une belle police, parfaitement limpide et claire, avec des couleurs, tout, vous vous êtes dit :  ah ben on va bien se fendre la gueule ce soir.

  Et je vous comprends. Moi si on m’interdit de rire du jour au lendemain je demande tout de suite où est le gaz ! Non mais vous croyez que je vais supporter comme ça sans broncher tous les matins du monde, à le voir s’écrouler le 22, à apprendre le 23 sur France Culture que tout est mort, Dieu, la politique, la culture, l’homme, France Culture ? Que le 24 c’est la guerre, le 25 Noël il est né le divin enfant ; vous croyez que je vais supporter longtemps d’entendre Michel Leeb donner son point de vue en matière de relations internationales sur I TV, le 26… ben non ! Moi, le 27, je me casse. J’en veux pas du Monde, avec sa grosse majuscule il croit peut-être qu’il m’impressionne mais non.

  C’est pourquoi en attendant – quoi je ne sais plus très bien – eh ben en attendant je me marre un bon coup, vlan, et ça fait passer le temps. Et puis ben donc je suis pas le seul, visiblement… Je ne vous jette pas la pierre, vous êtes humains ! Misérable espèce va… non mais y a qu’a faire un tour sur la toile hein, pour se rendre compte du nombre de tarés que la terre est en train de porter en ce moment ! Une folie ! C’t’invraisemblable ! Y a un olibrius, là, qui s’appelle je sais plus trop comment « tournebouillie » ou « l’égaré » ça doit être ça… qui publie certains billets dont je vous prie de me croire qu’ils ne sont pas piqués des vers (eux aussi. Oui, je me comprends). J’en ai justement ramené un exemplaire là que je vous livre, pour verser à mon crédit parce que je sens bien que j’en manque là, si si. Ce monsieur écrit la chose suivante  : « c’est dedans que j’entends des bruits de dedans la tête qui t’écrasent ta tête entre les bruits du dehors que je sais plus très bien où je suis quand dans ta tête tu vois des gens sans AU MUR hurler de dedans les gens qui voient ton manège des bruits du dehors que ça hurle de dedans les gens du dehors qui ont mal aussi alors tu t’écrases AU MUR ta tête et ses bruits pour les gens du dehors et du dedans que je sais plus trop bien où je suis »… remarquez que, sur la fin, il est conciliant avec le dedans et le dehors. On sent un effort de synthèse, pour faire bon poids. Alors, il poursuit d’une manière intéressante à mon goût, de la manière suivante: « des fois (déjà, c’est positif) le dedans ma tête vide le dehors des gens qui hurlent AU MUR (ah, encore) des dents du dehors ». Point, et il précise : « c’est pour le dedans ». Bien, je ne vous laisse pas réfléchir à cette sibylline méditation métaphysique parfaitement symptomatique d’une psychose schizophrène généralisée, vous l’emporterez chez vous dans vos petits sacs à mains avec un s à sac que c’est Sac qui prend le pluriel mais pas main parce qu'il se porte à la main et avec une main, pas qu’on en aie pas deux mais y’en a qu’une qui sert pour le sac, et si vous êtes captivés par cet époustouflant de connerie paradigme du dedans et du dehors, il va falloir être sacrément motivé parce que le gars apparemment très calé sur la question en a écrit cinq cent seize longues et volumineuses pages de… mots. Non, ce ne sont pas des phrases. Pour qu’un ensemble de mots forme une phrase, il faut qu’ils aient un sens, ne jamais courber l’échine !
   
  J’espère mes petits pères que je suis pas en train de prêcher dans le désert (ait ego vox clamantis in deserto dirigite viam Domini sicut dixit Esaias propheta, Jean 1, 23) parce que ça me ressemble pas trop en général à moi qui suis plutôt avisé de certains propos qui pourraient vous intéresser et même vous être très utiles ! D’accord, pour des motifs vaguement alimentaires, je suis me suis habitué, bon seigneur, à proposer mes services à de vulgaires suppôts du grand capital et à concéder quelques apparitions fulgurantes lors de séminaires et colloques de plusieurs centaines de personnes, connes hein, pour la plupart… pareil pour mes conférences-spectacles (avec deux s) que je donne le soir ici hein ? Des crétins. Mais  bon il faut en rire non ? ah ah ! ah ah ah ah ah ah ! Donc voilà, ça c’est fait.
  
  (Un temps. Il mange un yaourt). Quoi, ca vous étonne Monsieur qui mange un yaourt ? (un temps). Mais qu’est-ce qui m’a bien pris de vouloir manger cette part de tarte à la poire la semaine dernière ? J’en ai été malade pendant deux jours en plus. Ah non mais alors là malade mais… comme un chien ! A en crever la gueule par terre sur le lino collant de ma cuisine en formica, en plein dimanche. Toute neuve en plus cette cuisine. Avec des manches de tiroirs métallisés, à l’article de la mort.
   
  A l’article de la mort. Tiens, vous ne vous êtes jamais demandé ce que signifie exactement cette expression ? À l’article de la mort ? Ben moi si figurez vous j’ai fait le boulot à votre place et je vous informe tout de go (la bouche pleine, avec l’accent) for your instruction que quand on utilise l'expression « à l'article de la mort », il ne faut pas entendre (au figuré) le mot article comme l'article d'un journal ou d'un magazine non non non non ce serait idiot et personne ne vous comprendrait. Non, la mort ne figure pas dans le journal, enfin pas précisément, quoique non, non, mais tout de même si y a bien un endroit où on cesse pas de nous faire chier avec la mort, c’est bien dans le journal… Bref. Cette expression tire son origine du latin in articulo mortis ou articulo signifie « au moment de ». Donc, quand on dit de quelqu'un qu'il est ou qu'il était à l'article de la mort, c'est qu'il était sur le point de mourir et non pas tombé dans je ne sais quel article de journal, sauf au sens non littéral, métaphorique bien entendu. Et sauf si ce quelqu’un a écrit l’article, auquel cas il serait convenable de le remercier de nous tenir informé malgré tout. Et sauf s’il est mort ; et si ses proches, eux aussi accablés de chagrin autour de ma pauvre tante Clotilde, ont sollicité une rubrique nécrologique pour lui et l’ont vu disparaître à jamais dans une boîte destinée à nourrir l’estomac des vers. Et sauf si dans l’assemblée de fidèles réunis en l’église Sainte-Marie de Torfou un gosse n’a pas trouvé bon de péter pour clore un sermon.
   
  Bref, articulo : « au moment de ». Bien. Je vous laisse intégrer toutes les données du problème…
  Accablant n’est-ce pas ? Songez un peu à cette découverte. Imaginez que le mot « articulation » vient d’un mot dont le sens est « au moment de ». Epatant n’est-ce pas ? Quel lien voyez vous entre votre genou, là, ou votre coude votre cheville je ne sais pas, et le moment de ? Aucun ? C’est tout à fait normal puisque « articulation » n’a pas du tout la même étymologie que le phonème « article ». Ah ah ! Je vous teste là ! (bon, j’avais bien vu que c’étaient des crétins mais là y a vraiment moyen de s’en foutre plein les poches sans en branler une ramée). Non, parce que « articulation » vient de articulare et « article » de articulus. Voyez, rien à voir. Rien ! articulare veut dire « séparer », « partager », « distinguer », tandis que articulus signifie « articulation », « article », « pronom » lui-même diminutif de artus, « jointure », voilà. Mais c’est d’articulus que reçoit son sens « articulation » alors qu’en fait « articulation » vient d’articulare ; et donc si « articulation » vient d’articulare qui signifie « séparer » et qu’« articulation » d’articulus qu’est-ce que ca cache de choquant ? Ca voudrait dire qu’à ce qui détache échoit la tâche d’harnacher solidement son sens à ce qui détache en lambeaux de chairs à cheval (sans s), tout ça pour chahuter chaudement les chaumières en échafaudant des plans chafouins afin d’échauder l’échange ? C’est quoi ce merdier ?

  Alors comme ça, dès l’origine des mots, les mecs qui savaient pas quoi foutre d’autre, ils se sont dit : tiens, on va en inventer un de mot puis on va le confondre avec un autre, d’ici un ou deux mille ans ca les fera peut-être chier. Ah ben ils se sont bien foutus de votre gueule les mecs de l’étymologie ! Y doivent bien se poiler. Si déjà dès le départ le vers est dans le fuit, on est mal. C’est pas en une vie, une vie quoi, soixante quinze, soixante seize années en moyenne sans cancer, en UNE vie, qu’on va démêler l’écheveau de leurs conneries. Alors certainement pas ce soir non plus. Parce qu’attendez, là je vous parle de mecs qui nous emmerdent à l’origine du langage, mais imaginez à l’origine du monde, comment il a bien du se foutre de nos petites gueules à se décrocher la mâchoire le mec ! D’autant qu’il était tout seul, le con. Et qu’on rit mieux quand on est seul. Ah ah ce que c’est drôle ! Si, quand on est seul. Tout seul.
   
  La mort, c’est la meilleure ennemie du rieur. Prononcez cette phrase six fois de suite assez vite. Vous n’y arrivez pas. C’est bien normal. Si vous n’y arrivez pas, continuez de rire. C’est que vous n’avez pas encore fréquenté la mort de près. Moi je l’ai vue de près. Non, je ne vous parle pas de cette pauvre tante Clotilde qui désormais dans vos mémoires ne sera plus jamais associée qu’à de confuses et mortifères effluves intestinales, non. J’ai même vu son sourire, à la mort, sur un lit d’hôpital. Un sourire crispé. Des lèvres sèches, fermées sur un front bas ; j’ai senti la respiration lente et rauque de son souffle sur mon visage … C’était à Cabourg je crois, au casino lors d’une soirée entre potes en plein mois d’août, il brillait un soleil éclatant sur l’esplanade flavescente, un ciel pur, on s’était baigné toute la journée à faire les cons dans l’eau avec une balle et à se taper un gueuleton d’enfer sur la plage nom de dieu ce que c’était bon. Toujours est-il que mon oncle Jean-Pierre, qui était légèrement cardiaque, a mal supporté les coups de poings que nous lui donnâmes dans l’eau, bons bougres, histoire de récupérer le ballon un peu plus vite. Il est allé se rasseoir très vite sur sa serviette marsupilami que nous lui avions offerte pour son anniversaire et il s’est senti mal. Il nous a lancé de grands gestes depuis sa serviette marsupilami, on s’est dit « il délire », mais en fait non il mourrait. Quand je suis sorti de l’eau il suffoquait et j’ai à peine eu le temps de m’esclaffer en voyant la boursouflure de sa gorge qu’il me claquait littéralement entre les mains. On l’a évidemment emmené à l’hôpital, après s’être pris une glace à la crème, et c’est là, quand ils l’ont branché et quand j’ai vu toutes les courbes à plat et le bip continu, entre la vanille et le chocolat, qu’on a bien du se rendre à l’évidence, Jean-Pierre était mort. Et elle m’a soufflé dans le cou. Et oui, chère tante Clotilde, je ne suis pas qu’un pétomane plus dans le coup, je suis aussi un être de chair et de sang, sensible. Et je crois quelque part que, grâce à vous, je suis là ici ce soir pour distraire utilement les âmes misérables qui viennent se perdre au crochet de mon élégie. Ah ! Tante Clotilde.
   
  Vous ai-je déjà raconté l’histoire de ce brave et vaillant gaulois qui, devant retrouver sa belle, s’en va à la chasse aux alouettes pour lui en faire offrande ? Non ? Toute façon on s’en fout.
   
  Bien, alors si je récapitule, nous avons ce soir ensemble posé une question existentielle à laquelle nous n’avons pas encore répondu mais à laquelle nous sommes en train d’apporter un élément de réponse : nous avons tenté de définir ce que j’entends par humour – et qui ne s’applique pas dans toutes les situations visiblement – nous avons réhabilité quelques règles élémentaires de grammaire et de syntaxe, nous avons discuté politique, métaphysique – avec l’autre taré là – nous avons également bavardé autobiographie, tante Clotilde, pognon, poésie, palimpseste – si si je vous assure – articulation, article, phonétique, mort… bon, ben ca fait déjà pas mal. On progresse ! Combien vous me devez ? Nous verrons cela plus tard si vous le voulez bien. A la fin. On continue ? Mais bien volontiers !
  
  Parce que la fin, il s’agit bien de ça. Après tout. Tenez aujourd’hui… nous sommes aujourd’hui… ah si, personne ne va me contredire là dessus. Eh bien, cet aujourd’hui, s’il n’arrive pas à la fin, et j’espère pour vous que vous n’aurez pas l’idée tordue de vous encastrer dans un arbre en sortant d’ici, et bien cet aujourd’hui il vous aura appris à philosopher. Eh oui ! Pourquoi ? Ben je me range derrière un argument d’autorité là : parce que tous les jours vont à la mort, seul le dernier y arrive, comme le disait dans ses Essais l’admirable Michel de Montaigne, cloîtré en sa magnifique tour éponyme visitable au château de Montaigne, Monument Historique classé du XIVe siècle entre Bordeaux et Périgueux, Dordogne, plus précisément entre Villefranche-de-Lonchat et Castillon-la-Bataille, juste au dessus de La Mothe-Monteravel, il disait, cette chose-là je suis juste l’interprète. Un type sympa le Michel, pas du genre à nous faire chier avec les étymologies lui… non. Autre projet. Le projet de ses Essais, il le précise page trois, je vous le donne : « Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins ». Il annonce la couleur d’emblée quoi. Il prévient. On va se taper du Michel de Montaigne pendant trois cent pages pour le premier tome… parce qu’il y en a encore deux qui suivent après… alors, les mecs, va falloir s’accrocher, en plus que je me prétends humaniste donc ca va remuer grave ! Ouais, parce que le gars, son but, il le dit de manière plus ou moins claire enfin je vous épargne le vieux français, ce qu’il veut c’est lever les masques, dépasser les artifices pour se découvrir lui-même ! Ben on est bien contents Michel ! On te souhaite bonne chance ! Bienvenu chez nous Michel, on peut te faire une petite place à notre goûter… tu viens accompagné ? Non ? On te laisse un blog Michel si tu veux. Ca te va ? Ben ca t’ira. Voilà.
  Et il parle il parle il parle de lui cet impudent livrant au passage des maximes absconses. Si ca se trouve c’est l’autre taré du net qui continue le même bouquin. Un humaniste quoi !
  Tiens, l’autre jour… oui, le même qu’avec Solange, ben je discutais avec un vieux pote – je veux dire un mec avec qui tu discutes de Blanche neige et des sept nains quand le même jour on annonce un krach financier, et il me disait ce brave René : « Tu sais, je crois que le plus sur moyen de dire le vrai, c’est de raconter n’importe quoi. C’est vrai, la logique derrière, c’est jamais qu’UNE conception de l’intellect. On peut tout aussi bien déconstruire les catégories aristotéliciennes en forger un nouvel entendement. Tiens, si justement ma néologique elle prenait un tour alogique ? Le fondement serait dans l’anti tu vois ? Je dis pour contre – dire (séparer les deux vocables, c’est important). Et dire, ce serait médire. Non ! Détruire justement ! Parce que le langage est non langage. Ouais ! On aurait des changements métaphysiques de haute volée, là crois-moi, je t’annonce LE changement, LE nouveau paradigme. Tu vois, Kuhn peut plus nous aider là, justement parce que le nouveau, précisément, il aurait plus de structure, pis comme c’est le nouveau, ben ce serait l’ancien. Tu vois un peu l’ampleur des dégâts de mon système ou pas ? Tu mesures la portée. Ouais, je conçois que ça déroute. Ca remet en cause quand même plus de 20 siècles de réflexion philosophique. Sans compter les religions, les systèmes doctrinaux, les idéologies. Putain … Putain, c’est pas rien quand même. C’est pas rien. Bodel, mais t’imagine la gravité de ce que je viens de te dire ? T’imagines le niveau d’intensité atteint par mon nouveau système de pensée ? ». On est quand même partis de Blanche neige pour en arriver là hein… oui, c’est un pote de l’autre, là. Alors il me demande donc : « T’imagines le niveau d’intensité atteint par mon nouveau système de pensée ? Oh ! Qu’est-ce que tu fais ? Je lui réponds : « Je ferme les fenêtres pour les voisins. A ce niveau là d’intensité, je crois qu’il est nécessaire d’atteindre un certain niveau d’isolation phonique ». Vrai. C’est indécent. Parce que  dans le fond, mon ami ne cherchait à me dire qu’une seule chose : j’ai peur de la mort. Réfléchissez bien.
   
  Non, parce que la mort finalement c’est tragique. J’ai lu des tas d’ouvrages sur la question on a beau tenter de raisonner là-dessus, ça reste quelque chose sur lequel on a finalement peu de prise. C’est tragique quoi. Si, avouez-le. Même Michel de Montaigne le dit. Et en plus, c’est absurde ! Je veux dire, quel est l’intérêt – je l’ai aussi demandé à « l’égaré » là, pour avoir un peu son opinion, et je vous en fait grâce – quel est l’intérêt de naître ici bas sans but  et si c’est pour crever come une merde au final ? Franchement, ca n’éveille pas en vous une lueur d’angoisse, de savoir que vous êtes le seul ici à déterminer ce que vous êtes, pour soixante dix années d’une petite vie merdique. A moins d’être fanatique ou complètement béat je vois pas moi ! Je me la pose cette question, et tous les matins du monde, quand je lis des trucs qui n’ont mais rien à voir avec moi, mais rien du tout, et qui pourtant sont si proches de moi, à première vue. Je veux dire : on m’annonce une grève dans l’éducation nationale… bon, ben moi qui suis un scientifique, un universitaire respecté de mes pairs, une éminence, une sommité indépassable, moi, l’infaillibilité scientifique ! Ben j’en ai rien à foutre moi de la grève ! Pourquoi ? Ben peut-être parce que j’ai bien envie de me déclarer humaniste moi aussi et de rien branler de ma vie d’autre que d’écrire mes Essais où je me dépeindrais « en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice », voilà. On a chacun droit à, son petit quart d’heure de gloire, non ? Moi aussi j’ai pas envie de me faire chier, moi aussi j’ai envie d’exister au milieu de ce merdier grandiose ! C’est pas réservé aux humanistes, l’existence, je crois ! On a bien encensé une bonne paire d’enculés dans l’histoire, et pourquoi pas moi ?
   
  Parce qu’enculé je peux l’être ! Et pas qu’au figuré en plus ! Croyez qu’on a inventé la Shoah pour quoi ? Pour qu’on la respecte ? Non : pour qu’on la bafoue ! Ce qu’on commence à faire un peu là, soit dit en passant ; la Shoah c’est tendance. Oh, je sens bien que j’aborde un sujet sensible en ces temps troublés là, si si je le vois bien à vos mines contrites. Mais quand même ! La Shoah… Hein ? On dérape madame ? Vous êtes mécontente de la tournure du spectacle ? Je vous gâche votre conférence ? Vous êtes juive peut-être ? Dans ce cas je vous accorde une légitime et courte colère mémorielle… voilà, vous pouvez sortir… Non parce que moi aussi j’ai un peu envie d’exister, et peu importe que ce soit en bien ou en mal pourvu qu’on parle de moi, pourvu qu’on en parle ! Ben oui ! en bien ou en mal, vos intérêts augmentent mes ventes ! C’est ça la règle du spectacle aujourd’hui. Plus t’es dégueulasse et plus on parle de toi. Et plus on parle de toi et mieux c’est. Ça rapporte. Vous comprenez pas la logique des affaires, putain ? Y a des gens, faut tout leur expliquer, ils ont pas compris que le pognon connait pas de frontière tiens. Même la méchanceté gratuite, ça rapporte. SI un truc gratuit se met à nous ramener du blé moi je cours illico sur la case hein ! ! T’as pas lu  Houellebecq toi ma poule ! Non ? Attends, je te livre un passage de son dernier roman, c’est au tout début. Ca s’appelle un incipit le début d’un roman, soit dit en passant :
   
  « À partir de cet incident (oui, Michel vient d’assister au rapt d’une saucisse effectué par une anglaise, saucisse au préalable apparemment destinée à un allemand qui visiblement ne le prend qu’avec un difficile recul) [À partir de cet incident], donc, je composais un petit sketch relatant une révolte sanglante dans un club de vacances, déclenchée par des détails minimes contredisant la formule all inclusive : une pénurie de saucisses au petit déjeuner, suivie d’un supplément à payer pour le mini golf ». Moi aussi je suis d’accord que ça suffit pour commencer un roman ce genre de propos Michel. Surtout quand tu rajoutes – et ce qui est vrai, et dont tout le monde se fout, et qui nous renseigne sur mon propos, et qui est le suivant : « finalement, le plus grand bénéfice du métier d’humoriste, et plus généralement de l’attitude humoristique dans la vie, c’est de pouvoir se comporter comme un salaud en toute impunité, et même de pouvoir grassement rentabiliser son abjection, en succès sexuels comme en numéraire, le tout avec l’approbation générale ». Voilà. J’attends les propositions. J’ai tout mon temps.
    Allô
  Oui. Oui. Oui. Non. Oui. Non. Oui. Oui. Non. Non. Non. Et non. Et oui. Et non.
  Bien qu’est-ce que je disais ? J’y suis ! Le gaulois à la chasse aux alouettes. Bien. Alors c’est l’histoire d’un gaulois, qui part à la chasse aux alouettes pour en allouer une à sa belle et, il sort de son joli petit village situé au cœur d’une magnifique prairie angevine où fleure bon la Chamaemelum nobile, la camomille romaine (oui, c’est de la langue vernaculaire), et se dirige lestement malgré le poids de ses armes vers la forêt giboyeuse car c’est là que se logent les alouettes tout le monde le sait bien surtout si elle la forêt est giboyeuse, pour y dénicher une alouette, donc. Bien. Et alors… (Le téléphone sonne)… pardon, excusez moi, je dois répondre parce que j’attends un coup de fil assez urgent. « Oui ? Ah ! » (en aparté) C’est Dieu. (Il reprend le téléphone) « Oui ? Oui ? Oui ? Oui ? Non. Non non surtout pas, pour l’éteindre c’est le téléphone rouge, en haut à gauche, là, voilà, oui. Voilà ». Non parce que faut tout lui dire à ce mec. Il a des cases qui se sont… comment dire… mélangées quelque part, un choc à la naissance je sais pas.

  Je sais pas, je sais pas, je sais pas grand-chose en fait ! Je suis un peu une merde quand même. Pis je sais pas non plus si… comment dire… (il montre le ciel du doigt) si… enfin on s’est compris quoi ! mais quand même : « respect pour Dieu, même s'il n'est pas, parce que ne pas être n'est après tout qu'une manière un peu plus noble et plus pure d'exister, et parce que nous le possédons du moins sous forme de désir et d'attente ». (très vite et bas, la bouche cachée derrière sa main) Marguerite Yourcenar. De désir, d’attente… oui mais dans un sens c’est faux ! on n’a pas tous envie de posséder Dieu. Ca veut dire quoi posséder Dieu. Ca veut dire qu’on se le prend à soi sous sa couette et qu’on peut passer devant des miséreux en allant à la messe parce qu’on s’en branle nous on a Dieu ? Et puis, franchement, qui ? Qui a envie d’une autre conscience ? Qui ? C’est déjà suffisamment le bordel avec une ! Non mais toi tu te crois malin parce que t’as Dieu dans ta tête ? (en confidence) Tu serais pas un pote du taré toi ? Moi j’ai pas envie d’être un serviteur toute ma vie moi. J’ai pas envie d’un deuxième père, je l’ai fait mon Oedipe. J’ai pas besoin d’un mec qui fout le bordel à l’origine du monde pour se foutre de ma gueule et qui par-dessus le marché veut me dire ce que je dois faire ! « Est-ce que j'ai la gueule de quelqu'un qui doit faire quelque chose ici-bas? Voilà ce que j'aurais envie de lui répondre à cet indiscret qui m'interroge sur mes activités ». Ouais, c’est roumain. Je me comprends.

  Non moi j’ai pas besoin de lui. Et puis, la seul fois où j’ai failli le sentir, j’ai revu comme le visage émacié de la mort. C’était en montagne. Dans le jura. Oui, ma femme et moi sommes propriétaires d’un superbe chalet en mélèze en plein cœur de la ville au pied de la montagne – c’est merveilleux – et nous avons entièrement meublé l’intérieur de bois de différentes nature importés des quatre coins du monde, euh, on a tenté de donner une petite ambiance intimiste et boisée avec des couleurs chaudes, de la pierre, une énorme cheminée, et chaque année nous nous y retrouvons avec les enfants, la famille pour réveillonner autour d’un immense sapin bourré de cadeaux… enfin en montagne quoi… et un jour donc, mon ami et moi on décide de partir en randonnée, comme le gaulois tout à fait mais je termine là si vous le voulez bien… et on se retrouve, après six heures de marche complètement paumés au fin fond du merdier de la montagne. Je vous le fais :
Moi - Tu penses sérieusement, toi, qu’on va s’en sortir ?
Lui - Mais oui. Tu dramatises toujours.
Moi - Non, mais là quand même. T’es sûr ?
Lui - Bon écoute, de la randonnée, j’en fais depuis que je suis tout petit. T’étais pas encore dans les couilles de ton père que moi, je carapatais déjà au sommet des alpes avec quinze kilos de pactage sur le dos, alors fais confiance un peu tu veux ?
Moi - Non, mais, là. Fin, quand même. Ca fait trois jours qu’on mange pas, je vois pas l’ombre d’un d’une barraque ou de quoi que ce soit à l’horizon, j’ai rien bu depuis hier et là, tout ce que je vois, c’est des rochers, des rochers, des sommets de montagne et des montagnes. Alors franchement, je sens pas trop la situation.
Lui - T’as pas le nez
Moi - J’ai pas le quoi ?
Lui - Le nez. Le feeling. La montagne, c’est au pif que ce se gagne. Si t’es pas en communion avec ton environnement, si tu le sens pas, tu peux pas le comprendre, évoluer dedans, être avec. C’est ça la question ! Sens !
Moi - C’est surtout si je clamse que je vais rien sentir.
Lui - Tu vois, c’est ce que je te dis. Tu sens rien.
Moi - Si, je sens l’odeur fétide de la mort.
Lui - Attends… assieds toi… écoute, t’entends ?
Moi - Quoi ?
Lui - Là !
Moi - C’est quoi ce bordel ?
Lui - La nature. L’architecture. Le grand tout quoi !
Moi - Non, ca c’est des loups putain !
Lui - …
Moi - Des loups putain ! Tu veux les sentir ? Tu veux savoir ce que ca fait ? Tu veux le contact avec le grand tout. Ca va être vite fait.
Lui - Viens on fout le camp. J’aime pas communier tout seul avec des mecs qui comprennent pas l’importance du relâchement. Depêche merde !
  Et c’est là, rongé par la peur, courant comme un dératé pour sauver deux ou trois ridicules petites minutes d’une existence misérable que le visage de Dieu m’est apparu. Voilà le contact que j’ai eu avec Dieu. Autant vous dire que je me passe très bien de sa compagnie.

  Donc en attendant je me marre, je parle je parle je parle, pour occuper. En attendant. Je me présente : Monsieur Loyal, expert. Voici ma carte. Docteur en savoir, en science politique, chargé de cours, comédien amateur dans la troupe du Trou Noir, numéro de sécurité sociale, frère, fils, mélomane, maître d'un chien, petit ami, ami, pote, ennemi, fumeur, écrivant, imposable, invivable, insupportable, dansant, courant et nageant, pollueur, lecteur, non allocataire de la caf, collègue, beau frère, rescapé du goulag intellectuel khâgneux, caféinomane, internaute, collant, rédacteur, en quête de mutuelle, cinéphile, imitateur, abonné France Télécom, un peu trop fêtard, fan, cousin, petit fils, buveur de lait, esclave de ma thèse, ex palien, correcteur de copies, amant, locataire, marcheur, observateur, excessif, représentant, ex vendangeur, ex ramasseur de mirabelles, futur chômeur et Déserteur, ex DJ, ex plongeur, néo fessebooker, ex, futur, pas encore et prochain. Mes centres d’intérêt sont : la littérature, l’écriture, le théâtre, la sociologie, la pensée politique, la philosophie, la pataphysique. Plus sérieusement, rire, faire et dire n'importe quoi avec réflexivité, parler pour ne rien dire, vernissages (en particulier avec cocktail). Amour, tranquillité. Sexe, le maximum possible. Le bleu, le militantisme en faveur de l'abolition du lundi, la suppression du poste de premier ministre, l'idée d'une journée de 36 heures, le concept d'apéritif; le point virgule; les cendriers pleins, les bols de café, les mots "taboulé", "paria", "extravagant", "postnietzschéen", "fou", les déclinaisons et les profs d'allemand, mon directeur de thèse, son parfum. L'idée de me mettre aux enchères sur ebay. Les bombes, les centres des impôts, la droite littéraire, les chemises, mes amis, les gens que l'on dit fous, les pays absurdes, l'absurde, les lumières rouges, les sirènes, le champ lexical de la bêtise, l'adjectif "fruité", ma psychanalyste, mon Moi et mon Çà, mon chien aussi, l'élimination des banquiers, Dieu, la fonction de commissaire du peuple, la Bretagne, le vide, le plein, l'à moitié vide, la Chimay bleue, le mot pamplemousse, l'expression "vous inquétez pas, je consulte", l'absinthe, la vraie, qui rend aveugle, le samedi soir, les points de suspension, les points de suspicion, le cerveau de Lynch, le posthumain, la poésie, l'immortalité. J’écoute en général de l’electro, du classique, jazz, variét'. Et en plus et en vrac: Brigitte Fontaine, Pink Floyd, Depeche mode, Houellebecq, Gainsbourg, Juliette, le rire d'un bébé, Pow Wow, Dire Strait, Bach, les pixies, Boris Vian, Léo Ferré, Voulzy, MùM, Bashung, Hendrix, Lou Reed, Duke Ellington, Chet Baker, Arno, Bach, Bjork, Wagner, The cure, Chostakovitch, le vent. Mes citations favorites sont "Il n'y a pas de faits, il n'y a que des interprétations", Nietzsche. "C'est dans le rapport à autrui que l'on prend conscience de soi ; c'est bien ce qui rend le rapport à autrui insupportable", Houellebecq, Plateforme". Quand j'écoute trop de Wagner, j'ai envie d'envahir la pologne", Woody Allen. "Le dernier ennemi qu'il nous reste à vaincre, c'est la mort", Paul, épitre aux Corinthiens. "Dis toi bien q'si y a une chose qui d'vait m'manquer ce s'rait pas l'vin, ce s'rait l'ivresse", Gabin, Un singe en hiver. "Le monde n'est qu'une branloire pérenne...La constance même n'est autre chose qu'un branle plus languissant", Montaigne, Les Essais (III, 2) "Si Dieu existe, j'espère qu'il a une bonne excuse". Enfin, à propos de moi, je dirais : ce soir, je me couche tôt.
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